Quelques photos des lieux marquants de la vie de Joseph Wresinski
« Angers,loin du front peut-être,mais dés le 6 août 1914 les réfugiés affluent et prise au dépourvu,la ville organise des centres d’accueil à Montgazon, à Avrillé,au Grand Séminaire.Celui-ci ouvre deux centres, l’un avenue Besnadière,l’autre rue Boreau,où sont montées des tentes Bessonneau.Les rapports du délégué sanitaire d’Angers nous révèlent les conditions misérables dans lesquelles étaient accueillis ces pauvres gens - cas sans doute loin d’être unique à cette époque en France : "J’ai le regret de ne pouvoir me déclarer satisfait de ce qui se passe à l’ancien séminaire....Pas de bains-douches, pas de lavoir, une distribution parcimonieuse d’eau froide, à peu près pas d’eau chaude, pas d’isolement des contagieux, une saleté révoltante partout, une préoccupation d’économie plus qu’excessive étouffant toutes les questions d’humanité et de salubrité publique." (rapport du 13 novembre 1914). Le détail de la description est atterrant : pas de chauffage et une défense de faire du feu ; une lanterne d’écurie pour éclairer chaque étage ; des sacs de paille pour dormir ;pas de lavoir ; quant au sanitaire...

Tout cela représente tant pour les réfugiés du Grand Séminaire que pour la population des risques important de contamination et d’épidémies. Il y avait au Grand Séminaire environ 400 réfugiés venus de nombreux horizons : Français du Nord, Alsaciens-Lorrains (comptés à part), Belges, Tchèques, Polonais, Italiens, Roumains, Serbes et Croates. Beaucoup travaillent en ville et ne rentre au "Dépôt libre du Grand Séminaire" que pour manger et dormir. Mais les conditions sont telles que l’ordre est souvent troublé : insultes, violences, dégradations. Certes, il s’agit d’une situation provisoire, mais bien difficile à gérer. A la fin de la guerre, l’ancien Séminaire accueille l’Hôpital complémentaire 40, puis devient centre spécial de réforme sous l’autorité des services de Santé Militaire de Tours ». (source:bulletin annuel 2002 de l’Association des Anciens Eleves et Professeurs du Lycée Joachim du Bellay d’Angers)

"Il faisait presque toujours froid chez nous. L’ancienne forge que nous habitions était pleine de courants d’air. L’air s’infiltrait par dessous les portes, à travers les cloisons. L’une de ces cloisons était faite de caisses couvertes de papier d’emballage. Lorsque le papier craquait, l’air nous fouettait".
"J’ai demandé à mon évêque une paroisse où les signes de la misère soient visibles (...) Mgr Douillard m’a répondu : "Je n’ai pas ce que tu demandes mais je peux te proposer une paroisse qui, sans toi, n’aura plus de prêtre". C’était Dhuizel, un merveilleux petit village, d’une quarantaine de foyers, dans la région de Braine".

"Je suis arrivé le 14 juillet 1956 et sur ce plateau le soleil répandait une chaleur torride, les ruelles étaient désertes, personne n’était dehors. Ici les familles étaient rassemblées par la misère. C’était comme une inspiration".