Les pauvres hors du droit

Intervention à une rencontre organisée sur le Rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » du Conseil Economique et Social, par la Ligue des Droits de l’Homme, à Paris, le 16 juin 1987

Je suis particulièrement heureux de m’adresser à vous tous ce soir, qui êtes membres de la plus ancienne association de défense des Droits de l’Homme en France. Née au coeur de l’affaire Dreyfus, la Ligue n’a pas cessé de lutter pour le respect des droits fondamentaux et pour la justice, en France et dans le monde. Nous savons qu’elle veut être toujours plus le porte-parole de ceux qui sont sans voix. L’attention que vous portez aujourd’hui à la grande pauvreté révèle votre conviction qu’elle constitue une forme de défi des Droits de l’Homme, dont la cessation regarde votre Organisation.    En effet, de l’opinion de beaucoup, au cours des années 1990, la grande pauvreté va s’étendre à travers le monde. Elle risque de s’étendre pour plusieurs raisons : à cause de l’extension du chômage dans nos pays, que personne n’arrive à maîtriser, à cause du recul général du niveau de scolarisation des masses et la baisse du niveau d’instruction des plus pauvres, à cause de l’afflux des populations rurales dans les métropoles, que les Gouvernements n’arrivent plus à endiguer, à cause de la dislocation des valeurs et des solidarités : familiales, sociales, villageoises, qui permettaient aux populations les plus pauvres de faire front à l’adversité.    Cette extension de la pauvreté met en danger les Droits de l’Homme pour les plus pauvres, parce que à leur égard nous risquons d’en rester toujours à l’assistance, d’y revenir sans cesse. Au nom des droits fondamentaux, il nous faut libérer progressivement les plus pauvres de cette état de dépendance, au cours des années qui viennent. Et affirmer que la grande pauvreté constitue un déni des Droits de l’Homme, c’est lutter pour que l’humanité se donne les moyens d’y répondre par de véritables politiques qui assurent à tous leur application. Une organisation comme la vôtre doit exiger que l’établissement des Droits de l’Homme soit irréversible pour tous les citoyens.    C’est dans cette perspective que je voudrais vous présenter le rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale », du Conseil Economique et Social. Vous aviez accepté d’être associés à son élaboration et votre invitation de ce soir témoigne de votre volonté de le prendre en compte dans votre réflexion et dans votre action.

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