{"id":281,"date":"2007-09-18T17:40:57","date_gmt":"2007-09-18T15:40:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/2007\/09\/18\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/"},"modified":"2024-03-08T10:40:00","modified_gmt":"2024-03-08T09:40:00","slug":"dans-nos-murs-le-defi-du-quart","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/","title":{"rendered":"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde."},"content":{"rendered":"<p><i>Des millions d\u2019hommes, en France et dans les autres pays d\u00e9velopp\u00e9s, ne participent ni \u00e0 la croissance, ni \u00e0 la culture qu\u2019elle s\u00e9cr\u00e8te et vivent en marge de notre soci\u00e9t\u00e9. Leur mis\u00e8re est notre honte. Comment les en sortir\u00a0?<\/i><\/p>\n<p>Luther exigeait leur extinction car ils blasph\u00e9maient le nom de Dieu. Louis XIV les exp\u00e9diait aux gal\u00e8res ou, au mieux, les enfermait dans des hospices. En Angleterre, ils \u00e9taient condamn\u00e9s au bannissement apr\u00e8s confiscation de leurs biens &#8211; pourtant inexistants. Marx tenait ces marginaux du prol\u00e9tariat pour une cat\u00e9gorie dangereuse, incapable de participer \u00e0 la mission r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re. Pour Hitler, ils n\u2019\u00e9taient que des \u00ab\u00a0asociaux\u00a0\u00bb, \u00e9videmment destin\u00e9s aux fours cr\u00e9matoires. De nos jours enfin, on les consid\u00e8re comme des \u00ab\u00a0inadapt\u00e9s\u00a0\u00bb. Apparemment clinique et faussement b\u00e9nin, ce qualificatif traduit une \u00ab\u00a0mise au ban\u00a0\u00bb tout aussi rigoureuse que celle qui fut le lot des plus pauvres parmi les pauvres au cours des si\u00e8cles. Car la condition des sous-prol\u00e9taires est, fondamentalement, le rejet : confin\u00e9s dans les bas-fonds de la soci\u00e9t\u00e9, ils n\u2019ont acc\u00e8s ni aux biens mat\u00e9riels, ni aux m\u00e9tiers, ni aux valeurs culturelles et sociales de leurs contemporains. Ils forment un quart-monde qui est le lieu g\u00e9om\u00e9trique de toutes les exclusions.<\/p>\n<p>L\u2019existence d\u2019une sous-couche de mis\u00e8re profonde, en France comme dans tous les pays d\u00e9velopp\u00e9s, ne r\u00e9sulte pas le plus souvent d\u2019accidents, de chutes individuelles, de malchances r\u00e9centes ou passag\u00e8res. Elle est l\u2019aboutissement d\u2019une \u00e9volution entam\u00e9e avec l\u2019errance des pauvres, \u00e0 l\u2019aube des temps modernes, dans le sillage des p\u00e8lerins, des troubadours et des colporteurs. Dans les villes, on leur assigna des quartiers r\u00e9serv\u00e9s : rue des Francs-Bourgeois, de la Petite ou de la Grande Truanderie, cours des miracles. Au cours des si\u00e8cles, de nouvelles cohortes viennent rejoindre ce peuple en haillons, \u00e0 mesure que les transformations de l\u2019agriculture et que les ventes de terres jettent sur la route de la mis\u00e8re ceux qui perdent ainsi leurs maigres moyens de subsistance, puis lorsque l\u2019av\u00e8nement de l\u2019industrie moderne laisse sur la gr\u00e8ve des travailleurs manuels qui ne parviennent pas \u00e0 s\u2019int\u00e9grer \u00e0 la classe ouvri\u00e8re montante, soit que leurs m\u00e9tiers anciens disparaissent, soit que, pr\u00e9matur\u00e9ment us\u00e9s par le labeur en usine, ils perdent bient\u00f4t pied. S\u2019y agglutinent aussi, sous le coup des fluctuations \u00e9conomiques, des m\u00e9nages ouvriers ou de petits ind\u00e9pendants dont le bagage mat\u00e9riel et culturel est demeur\u00e9 trop modeste. Aujourd\u2019hui, leur masse s\u2019accroit encore d\u2019une part de la main-d\u2019 \u0153uvre \u00e9trang\u00e8re qui ne parvient pas \u00e0 trouver un emploi stable.<\/p>\n<p><strong>Le noyau dur de la mis\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la soci\u00e9t\u00e9 devenant de plus en plus structur\u00e9e et hi\u00e9rarchis\u00e9e, le quart-monde voit dispara\u00eetre des semblants d\u2019occupation et donc de statut qui lui permettait hier une organisation sociale moins rigide. Plus la sous-prol\u00e9tarisation se poursuit, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, plus les probl\u00e8mes de ceux qui en sont atteints deviennent chroniques, insurmontables. Il en va pour le quart-monde comme pour le tiers-monde : l\u2019\u00e9cart des plus pauvres vis-\u00e0-vis des riches se creuse \u00e0 mesure que s\u2019accro\u00eet le bien-\u00eatre des seconds. Et le nombre des sous-prol\u00e9taires ne diminue gu\u00e8re, bien au contraire : en retenant comme seuil de la pauvret\u00e9 profonde des moyens d\u2019existence inf\u00e9rieurs au quart du revenu moyen des travailleurs manuels, les chercheurs du mouvement ATD ( Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse) &#8211; Science et Service <span id='easy-footnote-1-281' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#easy-footnote-bottom-1-281' title='Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50 sous le nom de Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse, le Mouvement a pris dans les ann\u00e9es 60 le nom de ATD Science et Service, avant de s&amp;rsquo;appeler au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, ATD Quart Monde '><sup>1<\/sup><\/a><\/span>.\u00a0 estiment que plus d\u2019un million de personnes appartiennent actuellement en France, au \u00ab\u00a0noyau dur\u00a0\u00bb de la mis\u00e8re. Mais, si l\u2019on retient aussi d\u2019autres crit\u00e8res tels que la sant\u00e9, aide sociale, etc&#8230; qui s\u2019accumulent in\u00e9vitablement, on arrive ais\u00e9ment \u00e0 deux millions de Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Ces quelques donn\u00e9es ne sont pas des affirmations gratuites, m\u00eame si elles paraissent surprenantes \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00c9tat providence, alors qu\u2019existent des syst\u00e8mes d\u2019allocations- ch\u00f4mage, de s\u00e9curit\u00e9 sociale, etc. La v\u00e9rit\u00e9 est que les soci\u00e9t\u00e9s modernes ignorent presque totalement la mis\u00e8re qui subsiste ne leur sein : elle ne trouve gu\u00e8re de place ni dans les registres des administrations, ni dans les mod\u00e8les des \u00e9conomistes ; ni dans les programmes des politiques. Sur ce plan \u00e9galement, le quart-monde est frapp\u00e9 d\u2019exclusion. Aussi avons-nous ax\u00e9 l\u2019activit\u00e9 d\u2019ATD aussi bien vers ma \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb que vers le \u00ab\u00a0service\u00a0\u00bb afin de d\u00e9velopper une connaissance de la pauvret\u00e9. C\u2019est ainsi que nous avons d\u00e9couvert l\u2019existence de familles de longue lign\u00e9e mis\u00e9rable, de m\u00eame qu\u2019il existe des familles de lign\u00e9e noble, bourgeoise ou ouvri\u00e8re. Les sous-prol\u00e9taires ne tiennent pas d\u2019arbres g\u00e9n\u00e9alogiques mais dans la mesure o\u00f9 nous avons pu remonter au-del\u00e0 de la premi\u00e8re ou de la seconde g\u00e9n\u00e9ration, nous nous sommes aper\u00e7us que la pauvret\u00e9 se transmet bien souvent de p\u00e8re en fils, comme un h\u00e9ritage. De m\u00eame l\u2019exp\u00e9rience nous a montr\u00e9 qu\u2019il existe tout un r\u00e9seau de la mis\u00e8re, les sous-prol\u00e9taires se mariant entre eux et \u00e9tant li\u00e9s par de nombreuses relations affectives, familiales, sociales au point de former un peuple et non une simple juxtaposition de cas individuels. Enfin, \u00e0 mesure que nous progressons dans l\u2019exploration de la mis\u00e8re et alors que nous croyons d\u00e9j\u00e0 bien la conna\u00eetre, nous d\u00e9couvrons encore de nouvelles couches d\u2019une pauvret\u00e9 insoup\u00e7onn\u00e9e, plus profonde encore que celle que nous avons rencontr\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, les op\u00e9rations de r\u00e9novation, notamment, mettent au jour des familles incrust\u00e9es dans des immeubles v\u00e9tustes, au c\u0153ur des villes, et vivant l\u00e0 depuis des g\u00e9n\u00e9rations dans des conditions de d\u00e9nuement qui non seulement sont ignor\u00e9es des gens vivent \u00e0 proximit\u00e9, mais encore qui d\u00e9passent tout ce que nous avons connu dans des \u00ab\u00a0centres refuges\u00a0\u00bb comme celui de Noisy-le-Grand.<\/p>\n<p><strong>Faire cesser ce scandale<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Noisy-le-Grand, pr\u00e9cis\u00e9ment, qu\u2019est n\u00e9 le mouvement ATD et que s\u2019est peu \u00e0 peu d\u00e9velopp\u00e9 notre approche de la condition sous-prol\u00e9tarienne. A l\u2019\u00e2ge de quarante ans, seul d\u2019abord, puis bient\u00f4t avec d\u2019autres, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 y r\u00e9aliser ce dont, obscur\u00e9ment, je r\u00eavais lorsque j\u2019\u00e9tais toute jeune : prendre en charge ce peuple &#8211; qui est mon peuple. Car je suis n\u00e9 dans le quart-monde, dans un e petite ville de province. D\u00e8s mon enfance, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 plus ou moins consciemment l\u2019injustice insupportable de la condition sous-prol\u00e9tarienne et le d\u00e9sir passionn\u00e9 de faire cesser ce scandale. De mille mani\u00e8res, licites ou illicites, j\u2019ai essay\u00e9 de changer la vie des miens : ma m\u00e8re, abandonn\u00e9e, et mes fr\u00e8res et s\u0153urs plus jeunes. A un moment ou \u00e0 un autre de leur jeunesse, tous les sous-prol\u00e9taires traversent une crise identique, se r\u00e9voltent contre l\u2019horizon bouch\u00e9 qui est celui des plus pauvres, tentent de se lib\u00e9rer comme une b\u00eate affol\u00e9e prise au pi\u00e8ge. Mais c\u2019est peine perdue. Apr\u00e8s avoir refus\u00e9 un temps la mis\u00e8re, on y retombe par fatalit\u00e9, faute des moyens n\u00e9cessaires pour y \u00e9chapper : \u00e9ducation, formation professionnelle et spirituelle, relations sociales ou m\u00eame simplement forces physiques &#8211; min\u00e9es par la sous-alimentation.<\/p>\n<p><strong>La peur, compagne de tous les instants<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Nantes, lorsque j\u2019y travaillais comme p\u00e2tissier, que j\u2019ai connu la JOC ( Jeunesse ouvri\u00e8re chr\u00e9tienne). A travers elle, j\u2019ai red\u00e9couvert, d\u2019une autre fa\u00e7on, le quart-monde et ses probl\u00e8mes. C\u2019est l\u00e0 que tout s\u2019est d\u00e9cid\u00e9. Lorsqu\u2019on prend la r\u00e9solution de devenir pr\u00eatre, qu\u2019est-ce qui vous pousse\u00a0? Est-ce d\u2019abord le combat pour Dieu ou plut\u00f4t celui pour les hommes\u00a0? Je ne sais. Les deux, sans doute. Mais je ne pense pas que l\u2019on puisse entrer en sacerdoce sans avoir la volont\u00e9 de changer radicalement quelque chose. Sinon, cela n\u2019a pas des sens. Pour moi, c\u2019\u00e9tait clair\u00a0: j\u2019ai sollicit\u00e9 la pr\u00eatrise pour transformer l\u2019existence de ces gens, autour de moi, qui \u00e9taient priv\u00e9s de pain, de travail, d\u2019\u00e9ducation, d\u2019une vie familiale et sociale normale. Pourtant, on m\u2019a confi\u00e9 pendant sept ans des paroisses de campagne. Chez les ouvriers agricoles, j\u2019ai d\u2019ailleurs retrouv\u00e9 les caract\u00e9ristiques de la condition sous-prol\u00e9tarienne, et notamment cette tension constante que je connais bien car elle fut ma compagne quotidienne tout au long de mon enfance et, depuis lors, je n\u2019ai cess\u00e9 de l\u2019observer autour de moi. Les bourgeois sont parfois saisis par l\u2019angoisse, mais les mis\u00e9reux vivent constamment dans la peur. C\u2019est tout diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Un jour de 1956, mon \u00e9v\u00eaque m\u2019a propos\u00e9 d\u2019aller voir du c\u00f4t\u00e9 de la cit\u00e9 d\u2019urgence de Noisy-le-Grand si l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation y \u00e9tait possible. Il y avait l\u00e0 deux cent cinquante six familles, des sans-logis ramass\u00e9s un peu partout dans Paris et confin\u00e9s dans cette zone de regroupement o\u00f9 ils n\u2019\u00e9taient cens\u00e9s passer qu\u2019une ou deux ann\u00e9es. Certains y sont rest\u00e9s quinze ans dans des conditions inimaginables\u00a0: le camp qui n\u2019existe plus aujourd\u2019hui, \u00e9tait un rassemblement d\u2019igloos indescriptibles \u00e0 la porte duquel s\u2019arr\u00eatait la route. Un bidonville hors-les- murs de la civilisation.<\/p>\n<p>Presque tout de suite, \u00e0 Noisy-le-Grand, se sont fix\u00e9es dans mon esprit les grandes lignes du projet qui allait aboutir \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse. Et tout d\u2019abord la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tudier scientifiquement la condition sous-prol\u00e9tarienne.<\/p>\n<p><strong>Un peuple cach\u00e9 dans les replis de la soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Dans un triple but. Premi\u00e8rement, afin de prendre la mesure du ph\u00e9nom\u00e8ne de paup\u00e9risation : les familles avec lesquelles vivent quotidiennement les volontaires du mouvement se trouvent dans des situations si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es \u00e0 une \u00e9poque dite \u00ab\u00a0d\u2019abondance\u00a0\u00bb que l\u2019on est toujours tent\u00e9 de croire qu\u2019il s\u2019agit de cas isol\u00e9s, accidentels, dus \u00e0 des circonstances particuli\u00e8res. Seules des enqu\u00eates syst\u00e9matiques permettent de relier ces constatations les unes aux autres, de prendre conscience que la mis\u00e8re noire est la condition d\u2019un peuple tout entier, cach\u00e9 dans les replis de la soci\u00e9t\u00e9 comme la poussi\u00e8re infiltr\u00e9e entre les lames du parquet. Deuxi\u00e8mement, la connaissance approfondie du quart-monde permet de remonter aux causes et de concevoir une action d\u2019ensemble pour faire cesser ce scandale. Enfin, le fait de pouvoir appuyer nos exp\u00e9riences personnelles sur des \u00e9tudes scientifiques nous rend cr\u00e9dibles vis-\u00e0-vis du monde ext\u00e9rieur aux responsables politiques comme aux simples citoyens, nous pouvons prouver, documents \u00e0 l\u2019appui, que nous ne parlons pas \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re ou que nous ne faisons pas de mis\u00e9rabilisme lorsque nous affirmons que le ph\u00e9nom\u00e8ne de paup\u00e9risation, par son ampleur, condamne une collectivit\u00e9 qui le laisse subsister.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette volont\u00e9 d\u2019analyse scientifique, c\u2019est \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque que j\u2019ai compris combien des demi-mesures seraient ridicules face au d\u00e9fi de la condition sous-prol\u00e9tarienne. Celle-ci ne peut cesser que si l\u2019on y met le prix. Mes compagnons de route comme moi-m\u00eame avons d\u00e9cid\u00e9 de nous engager \u00e0 fond aux c\u00f4t\u00e9s du quart-monde, de partager totalement son existence afin de t\u00e9moigner, par notre geste, que la situation qui lui est faite est inadmissible. D\u00e8s le d\u00e9but, nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre absolus dans nos objectifs et notre d\u00e9marche, de refuser toute \u00e9chappatoire. On ne vient pas \u00e0 bout de la mis\u00e8re par des actions sporadiques, en s\u2019y consacrant \u00e0 mi-temps, tout en pr\u00e9servant par ailleurs sa vie et son confort personnels. Bien s\u00fbr, nous ne rejetons pas l\u2019entraide : ce sont les \u00ab\u00a0\u0153uvres\u00a0\u00bb qui jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, ont permis aux plus pauvres de survivre, de garder leur dignit\u00e9, et ceux qui les raillent sont des gens enferm\u00e9s dans leurs pr\u00e9jug\u00e9s et leur m\u00e9connaissance de la mis\u00e8re. Mais notre vocation n\u2019est pas, en premier lieu, de \u00ab\u00a0faire la charit\u00e9\u00a0\u00bb, d\u2019organiser des soupes populaires ou des distributions de v\u00eatements. Nous nous sommes fix\u00e9 pour but de transformer radicalement la condition sous-prol\u00e9tarienne.<\/p>\n<p><strong>Rompre le cercle vicieux de la mis\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 Noisy-le-Grand, j\u2019ai commenc\u00e9 en 1956 par cr\u00e9er une biblioth\u00e8que pour les enfants. Cela pouvait para\u00eetre un luxe inimaginable dans un bidonville o\u00f9 les gens habitaient des taudis indescriptibles, priv\u00e9s d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, et ne savaient pas comment ils pourraient se nourrir le lendemain, si ce n\u2019est le jour m\u00eame. Pourquoi parler de savoir \u00e0 des familles obs\u00e9d\u00e9es par le probl\u00e8me de la survie quotidienne ? Mais le cercle vicieux de la mis\u00e8re est d\u2019abord celui de l\u2019analphab\u00e9tisme, de l\u2019incapacit\u00e9 de s\u2019exprimer et \u00e0 s\u2019engager dans des \u00e9changes normaux avec les autres \u00eatres, de l\u2019impossibilit\u00e9, pour les enfants, \u00e0 tirer profit d\u2019un enseignement con\u00e7u pour un milieu et en fonction de conditions d\u2019existence qui ne sont pas les leurs. Comment fixer son attention lorsque la peur vous tenaille ? Comment apprendre et retenir alors qu\u2019on est constamment \u00e9corch\u00e9 par les d\u00e9chirements de la vie familiale ? Bien souvent, les parents eux-m\u00eames d\u00e9tournent leurs enfants de fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole : comme la police et l\u2019assistante sociale, elle est pour eux l\u2019incarnation de cette soci\u00e9t\u00e9 qui les rejette, qui nie leur existence, qui leur refuse les raisons d\u2019esp\u00e9rer. Faute de formation scolaire, les jeunes sous-prol\u00e9taires sont ensuite exclus de l\u2019apprentissage professionnel et rel\u00e9gu\u00e9s dans des emplois de man\u0153uvres, sous-pay\u00e9s et \u00e9pisodiques, \u00e0 supposer qu\u2019ils aient la chance et la force d\u2019en trouver.<\/p>\n<p>C\u2019est pour tenter de rompre ce cercle vicieux que j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 la biblioth\u00e8que de Noisy-le-Grand. Le pr\u00e9sent \u00e9tait si bouch\u00e9 que je me suis efforc\u00e9 de travailler pour l\u2019avenir. Bient\u00f4t, les gens du bidonville ont compris ce que je cherchais\u00a0: ils ont laiss\u00e9 venir leurs enfants dans cette baraque aussi mis\u00e9rable que celles qui l\u2019entouraient mais o\u00f9 ils d\u00e9couvraient, avec un bonheur \u00e9merveill\u00e9, ce que d\u2019autres jeunes re\u00e7oivent sans y songer. Eux dont le vocabulaire se limitait aux quelques objets qui les entouraient et aux besoins imm\u00e9diats de la survie quotidienne &#8211; manger, se v\u00eatir, dormir &#8211; ont soudain pris conscience de l\u2019existence d\u2019un autre monde que celui de la mis\u00e8re imm\u00e9diate, inhumaine. Le livre et la parole leur ont ouvert les portes de la vie.<\/p>\n<p><strong>L\u2019humiliation d\u2019un homme humilie ses fr\u00e8res.<\/strong><\/p>\n<p>Un beau jour est arriv\u00e9e \u00e0 Noisy-le-Grand une Danoise venue rejoindre un pasteur protestant qui s\u2019occupait de je ne sais quelle \u0153uvre charitable. Ne parlant pas un mot de fran\u00e7ais, elle s\u2019\u00e9tait \u00e9gar\u00e9e et m\u2019a pris pour le pasteur qu\u2019elle cherchait. Elle avait un tel sourire que, par sa seule pr\u00e9sence, le monde changeait autour d\u2019elle. Elle a v\u00e9cu dans le bidonville pendant de longues ann\u00e9es. D\u2019autres personnes sont venues ainsi, \u00e0 qui on avait sans doute parl\u00e9 du p\u00e8re Joseph comme d\u2019une sorte de padre Pio. Je n\u2019avais pas de discours \u00e0 leur faire. La mis\u00e8re du bidonville parlait d\u2019elle-m\u00eame. Certaines sont rest\u00e9es : elles ont form\u00e9 le \u00a0\u00bb noyau dur \u00a0\u00bb du volontariat, comme la ni\u00e8ce du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, Genevi\u00e8ve Anthonioz, qui avait connu les camps de concentration et m\u2019a dit, en voyant Noisy-le-Grand : \u00a0\u00bb Depuis Ravensbr\u00fcck, je ne puis voir un homme humili\u00e9 sans \u00eatre humili\u00e9e moi-m\u00eame \u00ab\u00a0. Elle est devenue pr\u00e9sidente du mouvement Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse (ATD).<\/p>\n<p><strong>Fonder une science de la pauvret\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Je me souviens du 2 janvier 1959 au cours duquel est arriv\u00e9e au camp une jeune diplomate hollandaise Alwine de Vos van Steenwijk. Je repeignais un igloo et \u00e9tais press\u00e9. Aussi lui ai-je propos\u00e9 de trier des colis de No\u00ebl encore inutilis\u00e9s qui \u00e9taient arriv\u00e9s apr\u00e8s la f\u00eate, les jours pr\u00e9c\u00e9dents. Je l\u2019ai oubli\u00e9e. Quand vint le soir, je me suis souvenu de sa pr\u00e9sence. Je l\u2019ai retrouv\u00e9e dans un coin de la baraque, grelottant, en larmes. \u00a0\u00bb Vous pleurez de froid ? \u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0Non, m\u2019a-t-elle r\u00e9pondu, mais de voir ce que l\u2019on donne aux enfants des pauvres ! \u00ab\u00a0. Ma jeunesse de sous-prol\u00e9taire est remont\u00e9e \u00e0 ma m\u00e9moire : comme tous les enfants de mon entourage, je n\u2019ai pas port\u00e9 un seul costume ou une seule paire de chaussures qui n\u2019aient d\u2019abord \u00e9t\u00e9 us\u00e9 par d\u2019autres. Tout \u00e0 coup, j\u2019ai compris que cette jeune femme \u00e9trang\u00e8re \u00e9tait des n\u00f4tres. Je lui ai expliqu\u00e9 que j\u2019avais besoin d\u2019elle, de sa culture, de ses connaissances pour fonder une v\u00e9ritable science de la pauvret\u00e9, jusqu\u2019alors inexistante, qu\u2019elle devrait refaire une nouvelle vie, tout abandonner. Je l\u2019ai catapult\u00e9e brusquement dans un immense projet. Elle y a r\u00e9fl\u00e9chi longuement avant de quitter la carri\u00e8re diplomatique pour rejoindre Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse et fonder l\u2019Institut de recherche et de formation aux relations humaines, ainsi que la Commission internationale de recherches sur la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p>A tous les volontaires qui, pour une dur\u00e9e plus ou moins longue s\u2019engagent \u00e0 plein temps dans notre mouvement, celui-ci impose pareillement une longue p\u00e9riode de pr\u00e9paration. Non pour les mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, mais parce que les sous-prol\u00e9taires se font confiance qu\u2019\u00e0 ceux qui sont r\u00e9solus \u00e0 partager leur existence. S\u2019ils ne s\u2019int\u00e9graient pas &#8211; autant que faire se peut dans le quart-monde, les militants d\u2019ATD ne supporteraient pas les cons\u00e9quences de leur action, les r\u00e9percussions des erreurs qu\u2019ils peuvent commettre et qui pour eux seraient alors minimes ou inexistantes tandis que les sous-prol\u00e9taires, prisonniers de leur condition, en sont atteints durablement. Pour la m\u00eame raison, et afin, \u00e9galement d\u00e9velopper notre connaissance de la pauvret\u00e9, ATD demande \u00e0 tous ses permanents un rapport d\u2019observation quotidien. Le plus difficile a \u00e9t\u00e9 de convaincre les sous-prol\u00e9taires que cette m\u00e9thode n\u2019a pas pour but de les juger, mais qu\u2019elle permet de mieux les servir, de faire conna\u00eetre au monde ext\u00e9rieur les conditions dans lesquelles ils vivent, d\u2019\u00e9laborer une action \u00e0 long terme. Car, sans leur participation, rien n\u2019est possible.<\/p>\n<p><strong>Refuser le compromis<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s son origine, ATD est d\u2019ailleurs issu de la population elle-m\u00eame et ses premiers adh\u00e9rents ont \u00e9t\u00e9 des habitants du bidonville qui, se r\u00e9unissant par groupe d\u2019igloos, se sont efforc\u00e9s de prendre en charge leurs propres probl\u00e8mes. Ce ne fut pas mal sans mal\u00a0: les nerfs \u00e0 vif du fait de leurs inextricables difficult\u00e9s quotidiennes, les gens se crispaient, se fractionnaient. Il fallait constamment reprendre le travail que l\u2019on croyait acquis la veille. Le quart-monde est un ma\u00eetre exigeant, qui n\u2019admet pas la lassitude et le d\u00e9couragement. A l\u2019ext\u00e9rieur, pouvoirs publics et administrations restaient sur la r\u00e9serve, incapables de comprendre que nous prenions fait et cause pour cette population, que nous refusions le compromis que nous proclamions sans m\u00e9nagement l\u2019intol\u00e9rabilit\u00e9 de sa condition, au lieu de nous satisfaire de quelques am\u00e9liorations minimes. Devant ces essais r\u00e9p\u00e9t\u00e9s pour organiser le bidonville, ils redoutaient que germe et se propage un ferment de r\u00e9volte.<\/p>\n<p><strong>A l\u2019Est comme \u00e0 l\u2019Ouest les sous-prol\u00e9taires sont partout pr\u00e9sents.<\/strong><\/p>\n<p>Pourtant, dans le camp de Noisy-le-Grand, on n\u2019apercevait gu\u00e8re le bout du tunnel. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, mes compagnons de route et moi-m\u00eame avions l\u2019impression d\u2019\u00eatre tellement isol\u00e9s que j\u2019ai voulu voir si nous ne d\u00e9collions pas de la plan\u00e8te, si ce que nous percevions de la condition sous-prol\u00e9tarienne existait \u00e9galement ailleurs et si d\u2019autres avaient pris conscience de ce probl\u00e8me. J\u2019ai fait un tour d\u2019Europe qui m\u2019a men\u00e9 en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse et en Grande-Bretagne. Partout j\u2019ai constat\u00e9 la m\u00eame concentration de mis\u00e9reux dans les bas-fonds de la soci\u00e9t\u00e9, partout je me suis heurt\u00e9 \u00e0 la m\u00eame ignorance de ce peuple. A Berlin, par exemple, j\u2019ai d\u00e9couvert un garage \u00e0 voitures d\u00e9saffect\u00e9 o\u00f9 \u00e9taient entass\u00e9es des familles en haillons, sans travail et sans nourriture. En Angleterre, j\u2019ai visit\u00e9 un hospice de vieillards que l\u2019on avait divis\u00e9 en deux pour en affecter la moiti\u00e9 \u00e0 des sous-prol\u00e9taires, tandis que l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux personnes \u00e2g\u00e9es et malades ; les enfants du quart-monde y avaient pour distraction le spectacle quasi quotidien des all\u00e9es et venues des ambulances et des corbillards. Quant au gardien, qui, avait les cl\u00e9s des logements, il pouvait faire irruption \u00e0 tout moment dans la vie familiale des mis\u00e9reux. Ainsi m\u2019apparaissait avec plus de force que, lorsque la collectivit\u00e9 consentent \u00e0 s\u2019occuper d\u2019eux, les plus pauvres sont trait\u00e9s partout de fa\u00e7on identique : ils sont expos\u00e9s \u00e0 de constantes humiliations et r\u00e9duits \u00e0 supporter des interventions arbitraires qui nient leur existence en tant que personnes. Vers la m\u00eame \u00e9poque, des Tch\u00e8ques et des Yougoslaves sont venus me voir \u00e0 Noisy-le-Grand, pr\u00e9occuper qu\u2019ils \u00e9taient de la permanence du quart-monde dans des pays socialistes comme j\u2019ai pu m\u2019en rendre compte moi-m\u00eame lors d\u2019un voyage r\u00e9cent en Roumanie. Enfin, quelques ann\u00e9es plus tard, un sociologue m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 New York o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9couvert, dans le quartier du Lower East Side, ce qui est peut-\u00eatre la quintessence du quart-monde : au c\u0153ur du pays le plus riche, la mis\u00e8re la plus d\u00e9charn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La pauvret\u00e9 fait boule de neige<\/strong><\/p>\n<p>Cette universalit\u00e9 de la condition sous-prol\u00e9tarienne,nous avons d\u00e9cid\u00e9 de la mettre en lumi\u00e8re avec plus de vigueur encore que nous ne l\u2019avions fait jusqu\u2019alors. Coup sur coup, nous avons organis\u00e9 deux colloques internationaux \u00e0 l\u2019UNESCO en nous payant l\u2019audace, alors que notre mouvement ne comptait que quelques personnes. Lors du premier, sept pays \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s, et seize lors du second. Des sociologues, des d\u00e9mographes, des responsables de collectivit\u00e9s locales, des sp\u00e9cialistes des probl\u00e8mes du logement, de la famille, de l\u2019\u00e9ducation et du travail sont venus t\u00e9moigner que la pauvret\u00e9 se perp\u00e9tue et s\u2019aggrave dans les nations d\u00e9velopp\u00e9es, tandis que s\u2019accro\u00eet le niveau de vie de leurs citoyens. Depuis lors, nous avons cr\u00e9\u00e9 une F\u00e9d\u00e9ration internationale d\u2019Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse r\u00e9unissant des organismes tels que le n\u00f4tre. Sa branche europ\u00e9enne \u00e9value actuellement \u00e0 plusieurs millions le nombre des sous-prol\u00e9taires que charrient dans leur sillage, tels des d\u00e9chets, les nations membres de la Communaut\u00e9 des neuf.<\/p>\n<p>Lorsque nous avan\u00e7ons des chiffres comme celui-ci, lorsque nous proclamons le caract\u00e8re inadmissible de la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019ils d\u00e9voilent, lorsque nous affirmons que chaque \u00eatre humain devrait se sentir atteint dans sa propre chair par le sort qui est fait \u00e0 un si grand nombre de ses semblables, on nous oppose souvent deux types de raisonnement. Pour les uns, les plus d\u00e9munis seraient directement responsables de leur condition :\u00a0 \u00ab\u00a0Comment ne parviennent-ils pas \u00e0 trouver du travail ?\u00a0\u00bb, s\u2019\u00e9tonnent-ils en oubliant que les sous-prol\u00e9taires sont pris dans un cercle vicieux de la mis\u00e8re, et qu\u2019ils n\u2019ont ni les forces physiques, ni le ressort moral, ni les capacit\u00e9s culturelles et professionnelles &#8211; si modestes soient-elles &#8211; leur permettant de se faire une place dans une soci\u00e9t\u00e9 soient-elles &#8211; leur permettant de se faire une place dans une soci\u00e9t\u00e9 in\u00e9galitaire qui les juge et les exclut.<\/p>\n<p><strong>Les rat\u00e9s de l\u2019\u00c9tat providence<\/strong><\/p>\n<p>Quant aux autres, ils invoquent l\u2019\u00c9tat providence et les services sociaux auxquels incomberait la responsabilit\u00e9 de faire cesser ce scandale. Mais pour b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019entraide collective, il faut avoir et pouvoir y pr\u00e9tendre. Le plus souvent, si les sous-prol\u00e9taires n\u2019ignorent pas l\u2019existence des administrations \u00e0 la porte desquelles ils sont cens\u00e9s devoir frapper, lorsqu\u2019ils s\u2019y pr\u00e9sentent, ils sont fr\u00e9quemment refoul\u00e9s parce qu\u2019incapables de faire valoir leurs droits, de produire les papiers n\u00e9cessaires, de se comporter comme la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9tend les y contraindre. \u00ab\u00a0Lorsqu\u2019on vient demander de l\u2019argent, on ne se pr\u00e9sente pas de cette fa\u00e7on !\u00a0\u00bb, s\u2019entendent-ils r\u00e9pliquer. A supposer qu\u2019ils franchissent cet obstacle, qu\u2019ils obtiennent par exemple un logement dans une HLM, ils se voient imposer des obligations hors de leur port\u00e9e : comment paieraient-ils un loyer m\u00eame \u00ab\u00a0social\u00a0\u00bb &#8211; sans parler des charges, non plafonn\u00e9es et parfois plus \u00e9lev\u00e9es que le loyer proprement dit &#8211; alors qu\u2019ils n\u2019ont d\u00e9j\u00e0 pas d\u2019argent pour manger chaque jour \u00e0 leur faim ? Ils finissent par en \u00eatre chass\u00e9s et par retomber plus bas encore qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient auparavant puisque rien n\u2019existe qui remplace taudis et bidonvilles. Quant aux services d\u2019aide sociale destin\u00e9s sp\u00e9cialement aux plus pauvres, ils interviennent trop souvent dans les vies des familles du quart-monde de fa\u00e7on autrement plus autoritaire et condescendante que les \u00ab dames d\u2019\u0153uvres \u00bb les plus paternalistes du temps jadis. Tour est contr\u00f4l\u00e9, depuis la tenue vestimentaire des enfants jusqu\u2019\u00e0 la moralit\u00e9 des \u00e9poux. Toute d\u00e9marche ou toute visite est l\u2019occasion d\u2019humiliation r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Pour mes sous-prol\u00e9taires, l\u2019aide sociale est l\u2019incarnation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui les enfonce plus profond\u00e9ment dans leur condition par le simple regard qu\u2019elle jette sur eux &#8211; de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Ne serait-ce que pour cette raison, la d\u00e9marche premi\u00e8re des militants d\u2019Aide \u00e0 toute d\u00e9tresse est de vivre au sein du quart-monde. Dans la trentaine de localit\u00e9s fran\u00e7aises o\u00f9 des \u00e9quipes de notre mouvement sont implant\u00e9es, elles veulent apporter par leur pr\u00e9sence un t\u00e9moignage de solidarit\u00e9 avec un peuple qui vit en marge de la collectivit\u00e9 parce que celle-ci a rompu les amarres avec la France du bas. Comme toutes les soci\u00e9t\u00e9s modernes, notre pays s\u2019est peu \u00e0 peu durci et coagul\u00e9 au point qu\u2019il y parait normal de vivre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres hommes dans un \u00e9tat de d\u00e9sengagement total, en ignorant leurs probl\u00e8mes, leurs joies et leurs peines, et jusqu\u2019\u00e0 leur existence. A supposer que cette indiff\u00e9rence soit supportable pour des gens en bonne sant\u00e9, log\u00e9s et nourris d\u00e9cemment, elle est inhumaine pour tout \u00eatre qui vient \u00e0 perdre pied. Assoiff\u00e9s de relations avec autrui, les sous-prol\u00e9taires nous rappellent qu\u2019il n\u2019est pas de plus grand malheur pour l\u2019homme que d\u2019\u00eatre coup\u00e9 de ses semblables.<\/p>\n<p><strong>Le plus grand malheur pour l\u2019homme\u00a0: couper les amarres avec ses semblables<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les \u00e9quipes d\u2019ATD ne se contentent pas d\u2019\u00eatre pr\u00e9sentes. Ici, elles cr\u00e9ent des \u00ab\u00a0pivots culturels\u00a0\u00bb qui sont une version plus \u00e9labor\u00e9e de notre premi\u00e8re biblioth\u00e8que de Noisy-le-Grand. L\u00e0, elles ouvrent des ateliers ou des clubs f\u00e9minins. Ailleurs, elles animent deux cit\u00e9s promotionnelles o\u00f9 est exp\u00e9riment\u00e9e une m\u00e9thodologie de l\u2019accueil des familles les plus d\u00e9munies\u00a0; elles constituent les prototypes d\u2019une action qui, avec l\u2019aide des pouvoirs publics, devrait \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n<p>Mais ces diff\u00e9rentes activit\u00e9s n \u2019\u00e9puisent pas notre ambition. Nous ne sommes pas des travailleurs sociaux uniquement pr\u00e9occup\u00e9s de soulager les souffrances de ceux qui ont \u00ab chance \u00bb de se trouver sur notre chemin. Notre vie au milieu du quart-monde n\u2019a de sens que si elle, nous permet de porter ce peuple tout entier. De m\u00eame qu\u2019il existe des militants qui consacrent leur existence \u00e0 lutter pour la classe ouvri\u00e8re, nous sommes des permanents de la lib\u00e9ration du sous-prol\u00e9tariat. Tous ceux qui, \u00e0 un moment de leur vie, rencontrent la condition sous-prol\u00e9tarienne et refusent qu\u2019elle se poursuive ne peuvent \u00e9chapper \u00e0 la tentation de se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 sa suppression.<\/p>\n<p>Car la mis\u00e8re ne se soigne pas. Elle doit \u00eatre d\u00e9truite. Si l\u2019on y \u00e9tait vraiment d\u00e9cid\u00e9 et si l\u2019on y mettait le prix, sa disparition ne serait qu\u2019une question de temps. Mais, pour cela, il est n\u00e9cessaire d\u2019inverser la conception de la politique dont s\u2019inspirent \u00c9tats et partis, quelle que soit leur tendance. Tous \u00e9tablissent leur programme et orientent leur action en fonction des majorit\u00e9s, qu\u2019elles soient bourgeoises ou ouvri\u00e8res. Ils privil\u00e9gient le plus grand nombre, le citoyen \u00ab moyen \u00bb. Or, la politique ne reprendrait son v\u00e9ritable sans que si elle s\u2019attachait en priorit\u00e9 au sort des minorit\u00e9s exclues du pouvoir. Une communaut\u00e9 humaine qui laisse certains de ses membres tomber en dessous d\u2019un seuil \u00e0 partir duquel ils sont r\u00e9duits au d\u00e9sespoir se condamne elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Telle est pr\u00e9cis\u00e9ment la le\u00e7on que nous donnent les sous-prol\u00e9taires. Quel que soit leur d\u00e9nuement, ils ne refusent jamais leur aide \u00e0 ceux qui frappent \u00e0 leur porte, non pas tellement par charit\u00e9, mais par solidarit\u00e9\u00a0: il leur est insupportable que d\u2019autres soient plus mis\u00e9reux encore qu\u2019eux-m\u00eames car leur d\u00e9tresse les d\u00e9pouille du peu qu\u2019ils poss\u00e8dent.<\/p>\n<p><strong>Un statut des handicap\u00e9s sociaux<\/strong><\/p>\n<p>Si nulle n\u2019est parvenue jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 accoucher d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, c\u2019est parce qu\u2019aucune n\u2019a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e au profit des plus faibles. Aussi notre mouvement combat-il pour que, \u00e0 la notion \u00ab les plus d\u00e9munis aussi, par souci d\u2019humanit\u00e9 \u00bb, soit substitu\u00e9 le principe \u00ab les citoyens au pied de l\u2019\u00e9chelle sociale d\u2019abord par souci d\u2019\u00e9quit\u00e9 \u00bb. Sa mise en \u0153uvre implique une action globale, portant sur tous les aspects de la condition sous-prol\u00e9tarienne : le probl\u00e8me du logement est li\u00e9 \u00e0 celui des revenus, donc de l\u2019emploi et de la qualification professionnelle ; la question de l\u2019\u00e9ducation des enfants ne peut \u00eatre r\u00e9solue si on n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas le niveau culturel de la famille tout enti\u00e8re. Des mesures au coup par coup, dans tel domaine particulier, ne font que d\u00e9placer des difficult\u00e9s. Notre action aupr\u00e8s de l\u2019opinion et des pouvoirs publics est donc ax\u00e9e sur l\u2019\u00e9laboration d\u2019un statut des handicap\u00e9s sociaux, semblable \u00e0 celui des handicap\u00e9s sociaux, Il devrait comporter notamment la reconnaissance du droit absolu \u00e0 l\u2019habitat familial &#8211; la l\u00e9gislation actuelle ne prenant en compte que les individus, ce qui conduit \u00e0 la dislocation des familles en cas de relogement &#8211; l\u2019institution d\u2019un salaire social pour les m\u00e8res de famille les plus d\u00e9favoris\u00e9es qui demeurent au foyer pour \u00e9lever leurs enfants ; la cr\u00e9ation d\u2019emplois sp\u00e9ciaux pour les handicap\u00e9s sociaux afin qu\u2019ils puissent assurer eux-m\u00eames leur subsistance au lieu d\u2019\u00eatre au mieux, des assist\u00e9s, ce qui porte atteinte \u00e0 leur dignit\u00e9 ; enfin des mesures prioritaires pour rem\u00e9dier aux carences dont souffre le quart-monde en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation, de formation professionnelle, de culture, de sant\u00e9, etc.<\/p>\n<p>\u00c9lever le plancher de la soci\u00e9t\u00e9, en faire un tremplin de sorte que quiconque y retombe en rebondisse presque imm\u00e9diatement, tel est en fin de compte le but \u00e0 atteindre. Il est \u00e0 notre port\u00e9e. Depuis quinze ans que notre mouvement lutte avec les sous-prol\u00e9taires sont survenues des transformations qui me remplissent d\u2019espoir. La mise en cause actuelle de la condition des ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s, les O.S, d\u00e9montre une \u00e9volution des mentalit\u00e9s ; on, admet de moins en moins que des \u00eatres humains vivent en de\u00e7\u00e0 d\u2019un certain seuil. Il n\u2019est qu\u2019un seul homme qui doive demeurer aujourd\u2019hui dans les bas-fonds de la soci\u00e9t\u00e9 pour en arracher tous les hommes, c\u2019est le pr\u00eatre, car sa vocation est de vivre dans les chemins creux, au ras du sol. En ce sens, je comprends l\u2019attitude des r\u00e9gimes communistes qui r\u00e9duisent les hommes de Dieu au rang de mis\u00e9reux. Elle est proph\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Joseph Wresinski<\/p>\n<p><em>T\u00e9l\u00e9charger la version PDF ci-dessous<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des millions d\u2019hommes, en France et dans les autres pays d\u00e9velopp\u00e9s, ne participent ni \u00e0 la croissance, ni \u00e0 la (&#8230;) <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2750,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-281","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde. - Joseph Wresinski FR<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde. - Joseph Wresinski FR\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Des millions d\u2019hommes, en France et dans les autres pays d\u00e9velopp\u00e9s, ne participent ni \u00e0 la croissance, ni \u00e0 la (...) Lire la suite &rarr;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Joseph Wresinski FR\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2007-09-18T15:40:57+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-03-08T09:40:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2007\/09\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"480\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"308\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"webmestre\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"webmestre\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"25 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"webmestre\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/c666928d4be7b5b71419e1a78b02d04a\"},\"headline\":\"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde.\",\"datePublished\":\"2007-09-18T15:40:57+00:00\",\"dateModified\":\"2024-03-08T09:40:00+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/\"},\"wordCount\":5591,\"commentCount\":0,\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/wp-content\\\/uploads\\\/sites\\\/2\\\/2007\\\/09\\\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg\",\"articleSection\":[\"Articles\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"CommentAction\",\"name\":\"Comment\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#respond\"]}]},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/\",\"name\":\"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde. - Joseph Wresinski FR\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/wp-content\\\/uploads\\\/sites\\\/2\\\/2007\\\/09\\\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg\",\"datePublished\":\"2007-09-18T15:40:57+00:00\",\"dateModified\":\"2024-03-08T09:40:00+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/c666928d4be7b5b71419e1a78b02d04a\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/wp-content\\\/uploads\\\/sites\\\/2\\\/2007\\\/09\\\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/wp-content\\\/uploads\\\/sites\\\/2\\\/2007\\\/09\\\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg\",\"width\":480,\"height\":308},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde.\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Joseph Wresinski FR\",\"description\":\"Un site propos\u00e9 par le centre Joseph Wresinski\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/c666928d4be7b5b71419e1a78b02d04a\",\"name\":\"webmestre\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/416a097a3f95c03b93462266ddf7a1b5b815e837b340f6b881ae80c56b8c6d56?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/416a097a3f95c03b93462266ddf7a1b5b815e837b340f6b881ae80c56b8c6d56?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/416a097a3f95c03b93462266ddf7a1b5b815e837b340f6b881ae80c56b8c6d56?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"webmestre\"},\"url\":\"https:\\\/\\\/www.joseph-wresinski.org\\\/fr\\\/author\\\/webmestre\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde. - Joseph Wresinski FR","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde. - Joseph Wresinski FR","og_description":"Des millions d\u2019hommes, en France et dans les autres pays d\u00e9velopp\u00e9s, ne participent ni \u00e0 la croissance, ni \u00e0 la (...) Lire la suite &rarr;","og_url":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/","og_site_name":"Joseph Wresinski FR","article_published_time":"2007-09-18T15:40:57+00:00","article_modified_time":"2024-03-08T09:40:00+00:00","og_image":[{"width":480,"height":308,"url":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2007\/09\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"webmestre","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"webmestre","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/"},"author":{"name":"webmestre","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/#\/schema\/person\/c666928d4be7b5b71419e1a78b02d04a"},"headline":"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde.","datePublished":"2007-09-18T15:40:57+00:00","dateModified":"2024-03-08T09:40:00+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/"},"wordCount":5591,"commentCount":0,"image":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2007\/09\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg","articleSection":["Articles"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/","url":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/","name":"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde. - Joseph Wresinski FR","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2007\/09\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg","datePublished":"2007-09-18T15:40:57+00:00","dateModified":"2024-03-08T09:40:00+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/#\/schema\/person\/c666928d4be7b5b71419e1a78b02d04a"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2007\/09\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2007\/09\/St-Quentin-Pauvres-attendant-la-soupe.jpg","width":480,"height":308},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/dans-nos-murs-le-defi-du-quart\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Dans nos murs, le d\u00e9fi du Quart Monde."}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/","name":"Joseph Wresinski FR","description":"Un site propos\u00e9 par le centre Joseph Wresinski","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/#\/schema\/person\/c666928d4be7b5b71419e1a78b02d04a","name":"webmestre","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/416a097a3f95c03b93462266ddf7a1b5b815e837b340f6b881ae80c56b8c6d56?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/416a097a3f95c03b93462266ddf7a1b5b815e837b340f6b881ae80c56b8c6d56?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/416a097a3f95c03b93462266ddf7a1b5b815e837b340f6b881ae80c56b8c6d56?s=96&d=mm&r=g","caption":"webmestre"},"url":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/author\/webmestre\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/281","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=281"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/281\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4478,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/281\/revisions\/4478"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2750"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=281"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=281"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.joseph-wresinski.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=281"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}